Mesurer le chemin parcouru

Un conte vaut mieux que mille phrases philosophiques. Le voici donc, raconté par Alexandro Jodorowsky :

La chambre secrète
Parce qu'il était jeune, beau, intelligent et bon, Ayâz était le favori du roi. Ce dernier se plaisait en sa compagnie. Il recherchait ses conseils et lui vouait une entière confiance. Pour sceller leur amitié, il combla Ayâz de cadeaux qui se retrouva, grâce à cette générosité, à la tête d'une petite fortune.
Son statut ne manqua évidemment pas d'exacerber la haine et la jalousie des autres courtisans qui ne rêvaient que de sa chute et cherchaient par tous les moyens à le discréditer auprès du roi. Comme Ayâz s'enfermait tous les jours dans une petite chambre et qu'il y restait un certain temps, les courtisans pensèrent avoir enfin trouvé la preuve de sa duplicité. Ils imaginèrent qu'il y détenait le fruit de ses rapines. Ils s'empressèrent de faire part de leurs soupçons au roi et le supplièrent de démasquer le traître en visitant la chambre mystérieuse.
Pressé par cette meute haineuse et certain de la fidélité de son favori, le roi accepta cette requête afin de faire taire les mauvaises langues. Il ordonna qu'on abatte la porte de la chambre et, suivi de ses courtisans, pénétra dans la pièce. La stupéfaction fut générale quand tout le monde découvrit que la pièce était complètement vide. Au lieu d'y trouver des montagnes de richesses protégées du regard des curieux, l'assistance ne vit qu'une vieille paire de sandales en cuir et un pauvre costume tout rapiécé.
Intrigué, le roi fit venir Ayâz et et lui demanda pourquoi il gardait si soigneusement ces vieilles loques. Ce dernier lui répondit avec modestie :
" C'est vêtu de ces fripes que je suis arrivé à la cour et je viens les voir chaque jour pour me rappeler tous les bienfaits que vous m'avez prodigués depuis."

Tous les jours, il faudrait ouvrir la porte et se dire : "Je ne sais pas si j'ai trouvé le bonheur, mais en tous cas, j'ai fait beaucoup de progrès, j'ai avancé."

Et ainsi va la vie, de progrès en progrès, on avance tranquillement...

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