Comment tout ceci a-t-il commencé ?
Dans ma quête de compréhension du peuple coréen, auquel désormais je me sens liée, je me suis tournée vers les contes et j'ai trouvé celui-ci, l'histoire de Tangun, fondateur de la Corée. Comme tous les beaux contes, il est à la fois plein de symboles et passionnant à découvrir. Je vous le livre :

Un jour, en l’an 2333 avant J.C., sur le Mont Paekdou, à la frontière de la Chine et de la Corée, une étrange clarté illumina le ciel, puis elle fut suivie d’un terrible coup de tonnerre. Habituellement la pluie tombe après un tel grondement du ciel, mais cette fois non, seulement un long coup de vent violent se fit entendre. On aurait dit que le ciel s’ouvrait. On vit confusément apparaître une forme, comme une silhouette qui descendait du ciel sur son char céleste, accompagnée de trois mille divinités.
Une forme étrange tomba au pied d’un arbre. Cet arbre ressemblait à un bouleau de taille énorme. La forme nébuleuse se métamorphosa aussitôt en un homme habillé d’un manteau de lumière, presque transparent, un peu bleuté. Il tenait trois sceaux dans sa main. Il semblait vouloir se reposer un instant après la chute. Aussitôt réveillé, l’homme regarda autour de lui. Il voyait tout, et les hommes des cavernes, et les animaux de la forêt. L’homme se présenta :
« Je m’appelle Hwan -ung , le fils du Dieu Hwan-in et cet arbre s’appelle Sintansu. (L’arbre de Dieu). Je vous ai observé de là-haut depuis longtemps, vous avez du mal à vous protéger du froid et de la maladie, vous avez de la peine à trouver de la nourriture en hiver. Alors je suis descendu du ciel pour fonder un monde meilleur, un monde de paix dans ces confins de l’Asie du nord-est.
Le peuple de ce pays sera joyeux, de cœur généreux, il cultivera la terre avec science et ingéniosité, et il ne travaillera que pour le bonheur de tous les membres de la communauté en évitant les conflits. Il n’envahira jamais les pays voisins. »
Cette pensée est appelée Hong Ik : ‘Le bien et le Bonheur pour le monde entier’. Vous aurez trois commandements à respecter (les 3 sceaux) : la liberté, l’égalité et la prospérité du peuple tout entier. Hwan-ung fit travailler la divinité des nuages et la pluie pour faire pousser le riz dans les champs, et il demanda au vent d’apporter l’air chaud pour fleurir les collines. Les hommes furent émerveillés de cette force surnaturelle et de toute cette transformation, bienfaisante.
Parmi les animaux, il y avait un ours et un tigre qui souhaitaient devenir homme pour pouvoir participer à ce bonheur sur terre. Ils imploraient Hwan-ung pour qu’il accède à leur demande. « Non, vous ne pouvez devenir homme » Il refusa à plusieurs reprises la transformation de leur destin. Mais l’ours ne se découragea pas. Hwan -ung finit par prononcer une phrase : « A moins que vous ne passiez une épreuve d’une grande patience. Il faudra passer cent jours dans une grotte de ténèbres sans aucune lumière, en vous nourrissant seulement d’ail et d’armoise, sans boire. C’est une épreuve insurmontable pour les animaux. »
« Je ne sais pas si j’en suis capable, mais je suis prêt à m’y soumettre » ; l’ours partit aussitôt dans la grotte profonde, accompagné du tigre qui doutait : « Il va nous faire mourir de faim ! ». Au bout de dix jours le tigre sortit de ce monde de ténèbres.
« Impossible de mourir ainsi ! Moi qui suis le roi de la chasse, je peux chasser et manger tout ce que je veux ». Il s’enfuit dans les montages, libéré, soulagé de ne plus se soumettre à cette épreuve.
Mais l’ours ; lui, resta dans la grotte avec la ferme conviction que le miracle pouvait se produire : devenir homme. La fin de l’épreuve approchait. Tous les jours, les animaux se pressaient autour de la grotte où l’ours restait sans se plaindre.
Au bout de cent jours un gémissement faible sortit de la grotte : « Tout va bien, soyez sans crainte. ». Le tigre entra pour sortir l’ours qui devait sûrement être mort. A sa grande surprise, il ne trouva plus de trace de l’ours, mais une petite femme jeune et frêle qui était accroupie se leva en souriant. Elle dit qu’elle venait de l’ethnie Koma dont le nom signifie « ours ».
A sa sortie de la grotte, Hwarang demanda à koma de se regarder dans l’étang. Une jolie silhouette de femme qui se reflétait dans l’eau lui confirma que son voeu était exaucé. Hwan-ung l’accueillit avec une grande bienveillance. « Tu as su patienter cent jours en croyant à mes paroles ; ainsi tu es devenue un être humain ». Ton nom sera Ung-yeu. (femme de Koma).
Devenue femme, Ung-yeu priait désormais tous les jours sous l’arbre de Sintansu, en demandant un enfant. Ému par la sincérité de cette demande, Hwan-ung l’épousa. Ils eurent un premier fils qu’ils appelèrent Tangun, un garçon de très grande intelligence et de force exceptionnelle qui devint le premier roi de Corée le 3 octobre 2333 à Asadal.
Depuis, la population n’a cessé de croître, la capitale a changé de lieu, le pouvoir du chef politique et religieux s’est renforcé. Le 3 octobre est devenu le jour de la fête nationale, Gae-chun-jeul, le jour où le ciel s’ouvre pour la Corée. Le peuple croit depuis ce jour à la force surnaturelle, et au grand dessein de Hanulnim (le Dieu) qui protégerait ce pays dans toutes ses épreuves. Tangun le fondateur du pays, est le petit- fils du Dieu Hwan- in. Voilà une bénédiction à laquelle les Coréens renouvellent chaque année leurs pensées secrètes, et que nul sur terre ne pourra changer.
