Conte touareg

Publié le par fanfan

Le berger et la djinnia


Il était une fois un jeune berger qui travaillait depuis son enfance pour un riche propriétaire. Il partait avec son troupeau à la recherche de pâturages et marchait parfois pendant des mois dans les plaines solitaires. Pour rompre cette solitude, il avait un jour taillé une flûte dans un tendre roseau. Petit à petit, la flûte était devenue la voix de son âme. Chaque fois qu'il jouait, sa musique parlait aux oiseaux qui se taisaient, à l'herbe qui poussait plus tendre, à l'air qui devenait plus léger; même le troupeau, joyeux, courait partout en faisant la ronde. Parfois aussi sa musique était triste et tout dans le paysage s'immobilisait comme des pierres.

Un matin, alors qu'il jouait de sa flûte, le berger vit arriver vers lui une délicate jeune fille. Ses cheveux lui tombaient sur les hanches, ses yeux noirs brillaient d'admiration et de promesses, mais le plus étonnant était sa voix cristalline comme une source fraîche qui vient de naître. Elle lui dit :
_ Je suis la fille du roi des djinns. J'ai entendu ton chant, je t'aime déjà. Veux-tu me suivre au royaume de mon père et devenir immortel ?
_ Que faut-il faire, demanda le jeune berger, pour mériter un tel bienfait ? Pour l'amour de ton amour, je me sens la force d'affronter un lion ou de conquérir un empire !
Elle lui sourit :
_ Il te faut simplement ne prononcer aucun mot jusqu'au jour de notre prochaine rencontre, quoi qu'il puisse t'advenir.
Et d'un geste, elle fit apparaître une jument.
_ Cette monture te conduira à moi. Souviens-toi, souviens-toi bien : pas un mot, sinon tu me perdras à jamais.

Puis elle posa sa main sur sa tête et murmura quelques incantations talismaniques.
Elle transforma sa misérable tunique en un splendide habit de prince. Il enfourcha la jument, promit de garder le silence jusqu'au jour de leur prochaine rencontre et galopa dans la plaine, laissant le troupeau aux mains de la providence.

Personne ne le reconnut, même pas sa mère à qui il offrit un sac d'or.
Puis, se laissant guider par la jument, il traversa des villes, des déserts et encore des villes, jusqu'au jour où il arriva dans une magnifique cité. Tous les habitants étaient rassemblés sur la place, en deuil.
A son arrivée, on l'amena devant la reine. le roi venait de mourir et, même dans ses habits de deuil noirs, la reine était très belle.
_ Ô passant, lui dit-elle. La coutume veut que j'épouse le premier étranger qui se présente à moi. Or, tu es le premier. Veux-tu m'épouser et devenir le roi du pays ?
Le jeune homme, ébloui, oublia sa promesse. Il s'écria :
_ Je le veux !
Tout disparut en un clin d'oeil, la reine, les gardes, le peuple en deuil et la jument.

Le berger se retrouva au milieu du troupeau qui paraissait indifférent. Sa flûte de roseau posée auprès de lui, désespéré, il eut beau supplier, implorer, la djinnia ne se montra pas.
Il souffla les airs les plus enchanteurs, les plus doux et les plus tristes, mais la djinnia ne revint  jamais.



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Publié dans histoire psy

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