La pêche à marée basse

Publié le par fanfan



Ce sont de vieux souvenirs, la pêche à marée basse, en Bretagne !
Des souvenirs doux-amer, je ne sais trop pourquoi, on était heureux et en même temps, j'avais l'impression qu'il me manquait toujours je ne sais quoi...
Souvent, on demandait la météo à un de nos tontons, qui était censé savoir ce que le ciel nous préparait, et qui était une sorte de Patrice Drevet en vrai.
Quand tout semblait réuni, marée basse en début d'après-midi, grande marée pour que la mer ne remonte pas trop vite, temps devant se maintenir à peu près beau, on y allait.

Tenues de pêcheur ( j'avais toujours la honte avec ma grand-mère qui mettait des jupes et passait son temps à les soulever pour ne pas se mouiller), équipement complet : crochets pour les crabes, filets pour crevettes, couteaux à moules, grattoirs à palourdes, seaux et sacs pour mettre nos prises, c'était un départ en expédition.
Ensuite, il fallait marcher longtemps dans le sable pour rejoindre nos coins préférés de pêche, il me semble que c'était des kilomètres...

Et puis, on finissait par y arriver et là, il ne fallait surtout pas perdre de temps parce que la mer descendait mais ne tarderait pas à remonter et nos rochers n'étaient découverts qu'une heure à peu près.
Donc, chacun se mettait au travail et avait sa spécialité : mon père, c'était les crabes, la pêche noble parce qu'il fallait lutter, ne pas se faire pincer et les décrocher de leur trou de rocher, ma mère, c'était les palourdes, pas facile les palourdes, il faut avoir une sorte de fluide, elle l'avait et en trouvait toujours , moi, j'aimais ramasser les moules, pas très difficile mais au moins j'étais sûre de rapporter quelque chose !
Les plus petites cherchaient les crevettes dans les mares, et au bout de dix minutes, elles en avaient marre et appelaient les grands à la rescousse.
C'est sympa les crevettes, elles se retrouvent dans le filet et elles sautent de partout, elles se retrouvent aussi parfois avec un petit poisson, et même, quelquefois, un poisson qui pique : on se fait des frayeurs, quand on est petit, dans les mares des rochers !

Il fallait aussi récolter sa part de bigorneaux, ces petits escargots noirs avec une porte dure et marron pour fermer leur maison, pour pouvoir en manger le soir !
Tout à coup, l'un des parents levait la tête et disait : Regardez la mer, elle arrive, il faut y aller !
Et là, on n'avait pas le droit de traîner parce qu'elle arrive bien vite sur nous la mer et dans les rochers, on peut vite se faire encercler.
Alors, on râlait qu'on était fatigués, on était tout salés, les doigts tout fripés et égratignés et les jambes en compote mais il fallait bien rentrer !

Chacun se vantait de sa pêche au retour et racontait ses exploits : le crabe récalcitrant, la crevette énorme qui a sauté du filet, la palourde géante comme on n'en n'avait encore pas vu, et pendant qu'on discutait, les bigorneaux en profitaient pour se sauver de leur seau...
Le soir, on était contents de manger notre pêche, on était fiers aussi d'avoir participé  à une expédition commune et contribué à ce repas qui avait des airs de fête.

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