Cahier de récitation
Et cela m'a rappelé des souvenirs, bien sûr...
Ce cahier, c'était en principe le plus beau, parce qu'on devait illustrer chaque récitation d'un dessin.
D'abord, la maîtresse nous dictait le poème , il y avait souvent des mots qu'on ne comprenait pas, et on l'écrivait souvent sans en comprendre vraiment le sens.
L'essentiel était de s'appliquer à bien écrire pour que ce soit joli.
Ensuite, on l'expliquait, souvent rapidement d'ailleurs, et on avait une strophe à apprendre, ou même plus, pour la fois suivante.
Le plus étonnant, c'était le nom de l'auteur, quoiqu'avec les années, on finissait par les connaître : c'était un peu toujours les mêmes. Sans parler de La Fontaine qui était un passage obligé, on avait du Victor Hugo les bons jours, et très souvent du Emile Verhaeren, Maurice Carême, Paul Fort, Louis Pergaud, Théophile Gautier, Jacques Prévert ou Guillaume Apollinaire, tous ces noms me faisaient rêver encore plus que la récitation. Qui se cachait derrière ces noms ? En général, on ne nous le disait pas...
Quand on savait tout par coeur, il fallait "mettre le ton". Alors là, c'était une autre affaire, et bien souvent, on n'avait pas grand chose à y ajouter, à la récitation. Mais quelquefois, c'était une rencontre, un moment fort, on sentait quelque chose vibrer, et pour une fois, on était un peu plus conscient de ce qu'on disait.
Mais c'était un peu difficile aussi, de s'exprimer devant ses camarades, et souvent, on n'osait pas s'exprimer vraiment, par peur des moqueries.
A la maison, il fallait illustrer la poésie sur la page laissée libre en face du poème.
Pas toujours facile... C'était comme pour le ton... Il y a avait celles qui étaient douées en dessin, qui s'en sortaient toujours, et les autres... Celles qui bâclaient, qui ne savaient pas dessiner, qui n'avaient pas d'idée et dont le cahier devenait au fil des mois un espèce de torchon...
Finalement, je crois qu'on en garde un bon souvenir des récitations, certaines sont restées dans nos coeurs et quand nos enfants les ont apprises à leur tour, ça nous a procuré une fierté, un écho de notre enfance, un fil conducteur entre les générations.
Je vous en recopie deux, un peu au hasard, j'ai oublié celles qui étaient mes préférées quand j'avais 9 ans, mais celles-ci sont très bien : le buffet était vraiment un terrible exercice pour qui voulait mettre le ton et au contraire, le Rondeau de Charles d'Orléans a sa musique propre, indépendante des mots, une chanson douce...
Le buffet
C'est un large buffet sculpté : le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens.
Ce buffet est ouvert et verse dans son ombre,
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants.
Tout plein : c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes et d'enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand-mère où sont peints des griffons
C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.
O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires !
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires.
Arthur Rimbaud

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