Radar le cochon

Publié le par fanfan




Radar est un gros cochon rose. Enfin, rose, quand il ne s'est pas roulé dans la boue !


Il a beaucoup de chance, Radar, il ne vit pas enfermé dans une minuscule cour ou dans une porcherie, non, il vit avec ses copains dans un grand champ. Il peut fouiller la terre avec son groin, manger les racines et s'ébattre dans la boue quand il pleut !


Savez-vous pourquoi il s'appelle Radar ? Eh bien, c'est parce qu'il peut sentir très loin que ses copains l'ont appelé comme ça : il sent les animaux ou les hommes qui arrivent quand ils sont encore derriére la colline et que personne ne les voit. Au début, on a cru qu'il était devin mais non, c'est juste qu'il sent mieux que les autres.

Radar ne trouve pas qu'il a de la chance.

Non, il pense que les barbelés qui entourent son champ sont comme une prison. Il veut aller voir ce qu'il y a plus loin. D'abord, il a senti plein d'odeurs qu'il ne connait pas et ensuite il a discuté avec Aliène, l'oie qui connait tout le monde.


Et Aliène, elle lui a raconté plein de choses qu'elle a entendues sur ce qu'il y a de l'autre côté de la colline. Des copains oiseaux qui passent par la ferme tous les printemps lui ont raconté toutes les merveilles qu'on peut voir, une mare immense dont on ne voit jamais la fin qui s'appelle la mer, des endroits où il n'y a pas d'herbe du tout, des endroits où il y a des arbres immenses et plein de fruits extraordinaires, ça changerait des pommes de terre se dit Radar, et puis des animaux qu'on ne connait pas et qui sont tous très très accueillants. Radar pense que dans ces pays, tout est beau, tout le monde s'aime et on n'est pas toujours obligé d'obéir au fermier ou à son chien, on peut faire ce qu'on veut et il y a toutes sortes de nourritures nouvelles.


Et puis Radar pense qu'il pourrait trouver de nouveaux amis. Il y a bien Jason, un de ses frères mais il le trouve trop bébé, toujours près de leur mère, à son âge, il pourrait quand-même se débrouiller un peu tout seul. Et puis, il y a aussi Pilgrim, sa cousine, elle est toute mignonne mais elle ne semble pas faire attention à lui. Il est sûr que derrière la colline, il va trouver des tas de copains et qu'il va bien s'amuser avec eux.

Seulement, il faut sortir du champ : pas moyen, tout est bien fermé, les barbelés sont infranchissables et la porte est toujours fermée. Pas question non plus de se glisser dehors quand quelqu'un ouvre l'enclos, il y a toujours ce satané chien qui surveille tout et il le rattraperait bien vite.

Et puis voilà qu'un matin, branle-bas de combat : un gros bulldozer est arrivé et a commencé à creuser le long de la route. Tout le monde dans l'enclos est très intrigué et veut savoir ce qui va se passer. Mais même Aliène, toujours au courant de tout, ne sait rien.

L'après-midi, le bulldozer s'est rapproché du pré des cochons. Radar a pensé que si le bulldozer se rapprochait encore, il allait rentrer dans leur champ et qu'il pourrait en profiter pour se sauver et aller voir ce qu'il y avait derrière la colline.

Mais le fermier est arrivé et avec le chien, ils les ont fait sortir. Impossible de se sauver : ce chien a décidément l'oeil à tout. Ils ont été enfermés dans la porcherie où ils passent une partie de l'hiver quand il fait trop froid et qu'il n'y a plus rien à manger dans le pré.

Radar est désespéré : enfermé, plus de nouvelles, car Aliène a été enfermée dans un autre hangar et il ne sait pas jusqu'à quand !

Soudain, son avenir lui semble bien sombre, il en est presque à rêver que le camion vient le chercher pour l'emmener comme les autres vieux cochons. Il y en a qui disent que c'est pour être découpés en morceaux que ce camion vous prend mais il n'y croit qu'à moitié et il se dit que ce serait mieux que d'être enfermé là.


Pilgrim le console et lui dit que ça ne va pas être pour longtemps, qu'ils vont retrouver leur champ et que tout va bien aller.

Cela ne l'empêche pas d'être triste.

Alors, les jours sont ponctués par l'arrivée du bulldozer le matin, le bruit dehors toute la journée et le soir, il s'en va.

Radar continue de désespérer : combien de temps tout cela va-t-il durer ?

Un matin, pas de bruit de bulldozer : c'est bizarre. Et puis un peu plus tard, le fermier rentre dans le hangar, c'est bizarre aussi, d'habitude il ne vient pas le matin.

Et voilà qu'il les fait sortir !

Radar est tout excité : où vont-ils aller ?

On les fait monter dans un gros camion : tout le monde crie et personne ne veut monter dans ce camion : ils pensent qu'on va les découper en morceaux.

Le camion démarre et il roule sur la route toute neuve que le bulldozer vient de terminer.

Ils passent la colline : Radar se dit qu'il va voir ce qu'il y a là-bas : il est de nouveau excité.

Et puis, ils roulent un bon moment mais Radar trouve que tout ressemble à la ferme d'où il vient : pas de grande mare, pas d'endroit sans herbe, pas d'arbres immenses.

Enfin, le camion s'arrête devant une ferme : on les fait descendre et on les installe dans un enclos plus grand qu'avant. Radar est un peu déçu, il a fait un grand bout de route et tout est un peu pareil.

Aliène a dû lui raconter des histoires !

Et puis la vie reprend dans le nouvel enclos. Il y a des dindons et des oies avec eux : Radar essaie de savoir s'ils savent ce qu'il y a plus loin mais il ne savent pas. Alors, il recommence à rêver de partir.


Mais comment faire ?

Le camion, c'est bien mais il ne va pas assez loin : tout est toujours pareil.

C'est la nuit : le voilà qui rêve qu'il s'est transformé en oiseau : il peut survoler le monde et aller où il veut. Quel bonheur !

Il va voir tout ce qu'on lui a dit : la mer, le désert et les grandes forêts. C'est merveilleux mais il se sent tout seul, personne à qui parler et avec qui partager toutes ses découvertes.


Quand il se réveille, il est bien content de se retrouver dans son enclos avec Pilgrim, Jason et tous ses copains.

Il se dit que finalement, ils ne sont pas tout à fait parfaits mais qu'avec eux, il est heureux et il peut parler et raconter ses rêves.

Alors, Radar arrête de vouloir partir, il a compris qu'il est bien dans son enclos, que les pays inconnus, c'est pour les oiseaux. Et il sait qu'il peut retrouver toutes les merveilles du monde en rêve quand il le désire !





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Publié dans histoire fiction

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