Le microbe
Rémi a un monstre à l'intérieur de lui : pas un monstre très gentil parce qu'il l'a attaqué et maintenant Rémi est malade.
Depuis qu'il est malade, Rémi ne peut plus rien faire comme ses copains, ni aller jouer au foot parès l'école, ni manger au Mac Do, ni aller à la piscine le mercredi.
Mais Rémi a appris à s'occuper du petit monstre qui est en lui. C'est à la fois son ami et son ennemi.
Tout le monde semble aimer Rémi depuis qu'il a son petit monstre, même son père s'occupe de lui, il l'emmène aux visites chez le docteur, il lui achète tout plein de cadeaux et lui demande tout le temps comment il va.
Mais d'un autre côté, Rémi est triste de ne pas pouvoir faire ce qu'il a envie, d'être toujours obligé d'aller à l'hôpital, de ne plus être tout à fait comme ses copains.
Il ne sait pas si ce petit monstre, il doit se battre pour le faire sortir de son corps ou s'il doit le laisser vivre et partager son corps avec lui.
Les docteurs lui disent qu'il doit se battre et que bientôt, il sera comme avant. Il veut bien les croire.
Mais comment ce sera s'il redevient comme avant ?
On ne s'occupera plus de lui à nouveau ? Sa mère le déposera en courant devant l'école, son père ne fera plus attention à lui et ses camarades recommenceront à l'appeler le gros Rémi ?
Vraiment, ce petit monstre a aussi du bon...
Alors, pour voir, il fait des essais. Quand il est à la maison, il fait des bêtises pour voir ce qu'on lui dit. Mais personne ne le gronde, ils font comme si c'était normal qu'il fasse des bêtises, comme si il avait le droit de les faire maintenant. Mais il sent bien que sa maman fait des efforts pour ne pas le gronder. Une ou deux fois, elle a commencé à crier et puis, elle s'est rappelé et elle a pris Rémi dans ses bras en lui demandant pardon.
Ce n'est pas comme cela non plus qu'il veut qu'on l'aime. Il voudrait qu'on ne le surveille pas en permanence, qu'on le laisse un peu tranquille.
Il a écrit tout ça dans son cahier et il ne voit pas de solution.
Alors, un matin, il décide que le petit monstre va devenir son ami et qu'ils vont bien s'entendre tous les deux pour comprendre comment faire avec les adultes.

Le petit monstre s'appelle Rambo parce que c'est un bon soldat qui fait bien la guerre. Rémi, lui, n'est pas sûr d'être un bon soldat, il ne sait pas comment faire la guerre. Il demande conseil à Rambo.
Rambo a bien compris qu'il ne faut pas hésiter, qu'il faut attaquer son adversaire et l'envahir et qu'ensuite, il faut l'empêcher de vous chasser.
Rémi réfléchit et se dit que s'il veut se faire aimer par tout le monde, il va falloir les envahir aussi et les empêcher de le chasser de leurs pensées.
Et pour ça, il faut qu'il leur montre qu'il est intéressant et qu'ils peuvent s'occuper de lui.
Et donc, finies les bêtises. Rémi aide sa maman, il met la table, il aide ranger le linge, il range sa chambre.
Il demande à son Papa s'il peut aller avec lui à la bibliothèque pour prendre des livres, il propose à ses copains de faire toutes sortes de jeux.
Tout le monde est surpris et ne reconnaît plus Rémi. Ses parents disent : la maladie l'a fait grandir mais ils ont l'air contents.
Même Rambo semble être content : les médecins disent qu'il y a rémission.
Rémi, lui, sait qu'il a fait la paix avec Rambo, que comme ils sont amis, ils n'ont plus besoin de se battre ensemble et qu'il peut laisser Rambo habiter dans son corps encore un peu, le temps pour lui de trouver un autre petit garçon à qui il pourra faire comprendre ce qu'est l'art de la guerre.
Parce que maintenant, Rémi a plein d'amis, il n'est plus le gros Rémi grâce à Rambo, et son père et sa mère continuent de veiller sur lui avec tendresse comme si Rambo était toujours là...
