Le vrai pouvoir
Une histoire racontée par Jean-Claude Carrière, qui a rassemblé toutes sortes de contes du monde entier. Elle nous vient de Chine et met en scène Bouddha et le singe :

Le singe s'émerveillait un jour de sa propre agilité.
_ Je saute admirablement de branche en branche, je cours comme le vent , je bondis, par moments, j'ai presque l'impression que je vole.
Un homme qui passait par là _ il s'agissait du Bouddha sous un déguisement mais le singe ne pouvait pas le reconnaître, trop occupé qu'il était de lui-même_ entendit les paroles de l'animal et lui dit ceci :
_ Vois-tu ce grand poteau qui se dresse là-bas dans la campagne ?
Le singe regarda dans la direction que l'homme indiquait et aperçut en effet un poteau haut dressé, très visible.
_ Je te propose une course, poursuivit l'homme. Il s'agit d'aller jusqu'à ce poteau le plus vite possible et de revenir ici.
_ Puis-je me servir des arbres? demanda le singe .
_ Naturellement. Tu peux te rendre jusqu'à ce poteau par les moyens que tu désires. Mais afin d'être sûrs, l'un et l'autre, que le sommet du poteau a été atteint, nous devrons y apposer notre marque, notre signature. Acceptes-tu ?
_ On va jusqu'au poteau, dit le singe, prudent et rusé, on y grimpe, on y dépose une signature, et le premier qui revient ici a gagné ?
_ C'est exactement ça .

Le singe réfléchit un instant et regarda l'homme, qui était âgé et un peu gras.
_ Je suis d'accord, dit-il enfin.
Il devinait un piège, mais il ne pouvait en voir la forme.
Le signal du départ fut donné, le singe s'élança avec une rapidité merveilleuse, passant comme par magie aérienne d'un arbre à l'autre. Il atteignit le poteau, y grimpa sans la moindre apparence d'effort, y déposa très prestement sa signature, redescendit et revint en bondissant vers son point de départ.
Là, il retrouva l'homme, qui semblait ne pas avoir bougé et qui l'attendait en souriant.
_ J'ai gagné ! dit le singe.
_ Non, dit l'homme, tu as perdu.
_ Comment est-ce possible ? J'ai atteint le poteau en moins de trois respirations, je l'ai escaladé, je l'ai marqué de ma signature et je suis revenu ici ! Et toi, pendant ce temps, tu n'as pas bougé !
_ Pourquoi aurais-je bougé ? demanda l'homme.
Le singe ne sut que répondre. Il se tenait là, un peu essoufflé tout de même, et déconcerté.
_ Regarde, lui dit alors le Bouddha, sous son déguisement d'homme, en lui montrant un de ses doigts.
Le singe regarda ce doigt, et il vit que l'extrêmité en était marquée par une claire signature.
Ne comprenant pas, le singe reporta son regard vers la campagne, à l'endroit où, un instant plus tôt, se dressait le grand poteau.
Mais le poteau avait disparu.

Le singe s'émerveillait un jour de sa propre agilité.
_ Je saute admirablement de branche en branche, je cours comme le vent , je bondis, par moments, j'ai presque l'impression que je vole.
Un homme qui passait par là _ il s'agissait du Bouddha sous un déguisement mais le singe ne pouvait pas le reconnaître, trop occupé qu'il était de lui-même_ entendit les paroles de l'animal et lui dit ceci :
_ Vois-tu ce grand poteau qui se dresse là-bas dans la campagne ?
Le singe regarda dans la direction que l'homme indiquait et aperçut en effet un poteau haut dressé, très visible.
_ Je te propose une course, poursuivit l'homme. Il s'agit d'aller jusqu'à ce poteau le plus vite possible et de revenir ici.
_ Puis-je me servir des arbres? demanda le singe .
_ Naturellement. Tu peux te rendre jusqu'à ce poteau par les moyens que tu désires. Mais afin d'être sûrs, l'un et l'autre, que le sommet du poteau a été atteint, nous devrons y apposer notre marque, notre signature. Acceptes-tu ?
_ On va jusqu'au poteau, dit le singe, prudent et rusé, on y grimpe, on y dépose une signature, et le premier qui revient ici a gagné ?
_ C'est exactement ça .

Le singe réfléchit un instant et regarda l'homme, qui était âgé et un peu gras.
_ Je suis d'accord, dit-il enfin.
Il devinait un piège, mais il ne pouvait en voir la forme.
Le signal du départ fut donné, le singe s'élança avec une rapidité merveilleuse, passant comme par magie aérienne d'un arbre à l'autre. Il atteignit le poteau, y grimpa sans la moindre apparence d'effort, y déposa très prestement sa signature, redescendit et revint en bondissant vers son point de départ.
Là, il retrouva l'homme, qui semblait ne pas avoir bougé et qui l'attendait en souriant.
_ J'ai gagné ! dit le singe.
_ Non, dit l'homme, tu as perdu.
_ Comment est-ce possible ? J'ai atteint le poteau en moins de trois respirations, je l'ai escaladé, je l'ai marqué de ma signature et je suis revenu ici ! Et toi, pendant ce temps, tu n'as pas bougé !
_ Pourquoi aurais-je bougé ? demanda l'homme.
Le singe ne sut que répondre. Il se tenait là, un peu essoufflé tout de même, et déconcerté.
_ Regarde, lui dit alors le Bouddha, sous son déguisement d'homme, en lui montrant un de ses doigts.
Le singe regarda ce doigt, et il vit que l'extrêmité en était marquée par une claire signature.
Ne comprenant pas, le singe reporta son regard vers la campagne, à l'endroit où, un instant plus tôt, se dressait le grand poteau.
Mais le poteau avait disparu.
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