L'hirondelle chez les autres

Publié le par fanfan


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Mon oiseau m'intrigue : pourquoi revient-il auprès de moi ?
J'ai trouvé une réponse auprès de Al-Muqaddasi, le maître soufi et ses secrets des oiseaux et des plantes.
Il parle avec une hirondelle...

"J'aperçus une hirondelle qui voltigeait au-dessus d'une chaumière; aussitôt je lui dis : je suis étonné de te voir toujours auprès des maisons, chercher la compagnie de l'homme; ne serait-il pas plus sage de demeurer auprès de tes semblables, de savourer la douce liberté des champs au lieu de t'emprisonner toi-même dans nos demeures ? Pourquoi cherches-tu la civilisation, pourquoi t'approches-tu des lieux habités par l'homme ?

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Elle répondit :
Puisque tes pensées sont si peu subtiles et qu'il t'est aussi difficile d'entendre, laisse-moi t'expliquer pour quelle raison je me comporte ainsi et pourquoi je ne supporte pas la compagnie des autres oiseaux. Si j'ai abandonné ma propre espèce, si j'ai fréquenté des êtres d'une autre nature que la mienne, si j'ai choisi pour mon habitation les toits plutôt que les rameaux et le creux des arbres, c'est parce que, à mes yeux, il n'y a rien de préférable à la manière de vivre de l'étranger et que je peux acquérir ses manières élégantes. Je me mêle avec les êtres qui ne sont pas de mon espèce parce que cela me permet d'être l'étrangère; je cherche le voisinage de ceux qui sont meilleurs que moi, afin de profiter de leur heureuse influence.
En vivant perpétuellement la vie du voyageur, je m'approche des êtres instruits. Et l'étranger, loin de son foyer, est toujours traité avec gentillesse et accueilli de manière obligeante et courtoise. Lorsque je m'installe dans une maison, je veille avec attention à ne pas faire le moindre tort à ses propriétaires; je me contente d'y bâtir ma cellule, faite de matériaux que je trouve  sur le bord des rivières et c'est seulement dans les endroits déserts que je cherche ma nourriture.
Jamais je n'agresse celui dont je partage la maison; bien au contraire, j'use avec lui des règles de la courtoisie qu'un voisin doit avoir pour son voisin. Et pourtant, il ne pourvoit point à ma subsistance. Par ma présence, j'augmente la maisonnée, mais je ne demande point à partager le pain; attentive à ne réclamer aucune part de leurs biens, je m'assure ainsi leur bienveillance. Car si je voulais partager leur nourriture, ils me chasseraient de leurs demeures. Je les rejoins pour la prière mais jamais pour les repas.
Je souhaite prendre ma part de leurs qualités et non de leur nourriture; c'est à leurs qualités intérieures que j'aspire, non à leurs possessions extérieures : leur mérite et non leur froment est ce que je cherche. C'est leur amitié que je désire et non leur gain. Je conforme ma conduite à ce qu'a dit celui que le Tout-Puissant a choisi de révéler Sa volonté (que Dieu lui soit propice et lui accorde le salut) : si tu peux te priver des plaisirs de ce monde, tu jouiras de l'amitié de Dieu; si tu peux t'abstenir de ce que possèdent les hommes, tu gagneras leur affection..."

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Pourquoi l'oiseau cherche ma compagnie, comment se conduire lorsqu'on est voyageur, comment se conduire avec l'autre, que de belles choses dans ce texte du XIV e siècle !

L'oiseau s'est envolé, sans doute satisfait de se voir compris...

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Publié dans histoire psy

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