Lettre aux hommes qui connaissent les secrets de la nature

Mes lointains cousins,
Cet été, j'ai visité avec ma soeur le musée qui vous est consacré sur le Quai Branly à Paris.

Ma première surprise fut pour le jardin : lorsqu'on passe le mur de verre, on entre dans un parc sauvage, plein d'herbes folles, de plantes qui débordent, d'étangs et de roseaux, de poteaux et de murs rouges. Bref, on n'est plus dans Paris.

La visite s'avère aussi dépaysante : hors du monde, dans des galeries où on finit par ne plus savoir où on est, avec des murs comme des galeries de grottes avec sièges intégrés dans la roche, des grottes noires où vous attendent les esprits et statuettes qui veillent sur vous, des statues aux yeux clos qui vous appellent, des totems qui vous regardent de haut.

On est emportés par toutes ces figures qui sont là pour protéger, pour conjurer, pour aider à comprendre le monde, pour demander, pour aller chercher ce qui est au plus profond, ce qui est tout là-haut, et ce qui se trouve au fond de nous.

Quel retour sur nous-mêmes, sans les artifices que nous mettons au quotidien pour ne plus voir la nature !
C'est très fort et c'est difficile de tout voir avec le même oeil neuf, il y a trop de choses à percevoir et à recevoir. Et cependant, on trouve une unité à ces objets qui viennent de tous les continents : tous les hommes qui les ont fabriqués étaient proches de la nature, en prise directe avec elle.

Je reste particulièrement marquée par les peintures aborigènes qui représentent cette union à la nature avec leurs tableaux pointillistes, je me sens vraiment en résonance avec eux.
En sortant, toutes étourdies par ce voyage, nous sommes passées devant le mur végétal : le dépaysement continuait, c'est tout à fait autre chose que les musées habituels.

Je garde l'image des statues de tous les continents, ce sont comme des anges gardiens qui viennent de partout et du passé pour me tenir compagnie...

Merci, mes lointains cousins !
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