Toujours le changement

Publié le par fanfan


J'ai lu un entretien avec le philosophe Michel Serres cette semaine dans Télérama qui me parait bien exprimer la façon dont se passe le changement dans la société.

Il dit : "Longtemps, j'ai été frappé par le caractère répétitif des informations : catastrophes naturelles, renversement de régimes politiques, conflits armés, meurtres,etc. Rien de neuf, en apparence, depuis la guerre de Troie ! Pourtant, les changements arrivent toujours, à leur pas lent de colombe comme disait le vieux père Nietzsche. Mais personne ne les voit venir !"

On se laisse bercer par cette répétition et le fait qu'en apparence, rien ne change. Et cependant, au fond, il y a comme une grosse coulée de lave visqueuse qui avance inexorablement et qu'on ne voit pas en surface. Beaucoup s'y laissent abuser.
Il donne ensuite des exemples de cette apparente stabilité des choses qui cache les grands mouvements :

" Ni la Maison-Blanche ni le FBI ou les spécialistes du communisme n'ont pressenti l'effondrement de l'ex-URSS. J'ai connu des professeurs à la Sorbonne qui ne croyaient pas aux "grosses molécules" l'année même où leur collègue Monod recevait son prix Nobel; des géologues adversaires de la théorie des plaques, alors que l'océanographie avait depuis longtemps confirmé leur existence. L'expression "big bang" a été employée par les adversaires de cette théorie qui résistaient de toutes leurs forces à la pensée d'un univers en expansion et ayant une histoire... J'ai même connu l'époque où l'on annonçait à grand fracas l'imminente présence du robot domestique à domicile qui ferait la cuisine et descendrait la poubelle, et où les scientifiques envisageaient les computers avec un haussement d'épaules.
Trente ans plus tard, on voit la place qu'occupent les ordinateurs dans nos vies, alors que la robotique reste une affaire industrielle."

C'est toute l'histoire de mon époque qu'il refait vivre là et tous ces phénomènes nous ont tous interpellés avant d'être intégrés à notre savoir. J'aime beaucoup quand la philosophie s'occupe des sciences parce qu'on remet les choses à leur place et on voit bien comment se produit l'évolution de la connaissance scientifique, mais on ne sait absolument pas prévoir ce que va être la prochaine étape. les scientifiques ne sont souvent pas plus prêts à intégrer leurs découvertes que le reste de la société.

Et du coup, sa conclusion prend toute sa valeur :
" Savez-vous qui sont aujourd'hui les décideurs ? Sans doute ne sont-ils pas ceux que l'on croit, sans doutene sont-ils pas ce que la société du spectacle donne à voir, à grande lumière et bruit étourdissant. La nouveauté arrive toujours sur des pattes de colombe..."

A suivre, donc...
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Publié dans chroniques

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