Les lapins
Je travaillais alors dans des bureaux qui donnaient sur un parc. Petit à petit, les parkings le remplaçaient, mais une partie à l'arrière des bâtiments résistait.
Je me trouvais alors dans un bureau qui donnait sur cette partie du parc : devant, les voitures, ensuite, la pelouse avec les arbres de chaque côté. Plus loin, une sorte de blockhaus pour stocker les produits dangereux, un peu enterré.
Et puis derrière, un petit bois juste avant les grilles du parc. Et en toile de fond, les arbres et la montagne dont les couleurs reflètent le temps qu'il fait.
J'ai passé beaucoup de temps dans ce bureau, travaillant sur mon PC devant la fenêtre.
Nous étions deux, dans cette pièce, qui partagions la même vue, et aussi le même objectif dans notre travail.
Le souvenir qui me revient de ces moments, ce sont les lapins.

Un jour, nous en avons vu un pointer son nez et ses oreilles dans la prairie. Il sautait dans l'herbe, tranquillement, toujours aux aguets, et puis disparaissait dans les arbres au moindre bruit de voiture. Nous l'avons suivi en oubliant notre écran.
Par la suite, les lapins ont rythmé notre travail et nous suivions leurs ébats dans la prairie.
Ils ont eu des petits et nous avons passé un bon moment à les regarder. Il y avait deux gros lapins et cinq petits. Les parents surveillaient de près les petits qui ne devaient pas s'éloigner.

Du bonheur de les observer, il nous venait des idées de liberté et nous les imitions déambulant dans la prairie avec leurs grandes oreilles aux aguets.
Le souvenir de ces lapins me remet en mémoire nos heures de travail, les moments de bravoure où nous savions que nous avancions dans la bonne direction, les moments où nous travaillions si tard que les lapins dormaient depuis longtemps. On les voyait plutôt le matin, nos lapins.
On voyait grandir les petits et puis ils semblaient de plus en plus autonomes et ne sortaient plus tous en même temps. On les retrouvait par un ou deux dans la prairie, l'oreille dressée. On ne savait plus lesquels étaient les petits et les parents.
Nous, nous continuiions imperturbables, tout en sachant que ces moments allaient prendre fin. Les fins sont exaltantes quand on a atteint ses objectifs, mais on se dit aussi que c'est fini, que tous ces moments ne seront plus que des souvenirs, comme les lapins qui continueront à faire des petits et à arpenter la prairie, tant qu'on ne les chassera pas définitivement pour faire encore un parking...
Je suis partie, et je garde une grande reconnaissance à ces petits lapins du parc, qui ont croisé ma route...
