Le vent

Publié le par fanfan


Le vent se lève dès le matin et on ne peut plus ouvrir les fenêtres, tout claque.

Le vent vous prend quand vous sortez, il vous soulève et vous oblige à résister : on ne pense plus à rien qu'à résister à cette force-là, imposante et tourbillonnante.


Rien ne vaut le vent en Bretagne; ces jours-là, on prend le chemin des douaniers qui longe la côte. La plupart du temps, on est à découvert parce que la végétation est vraiment au ras du sol. Il y a d'abord le bruit : fort, continu, on ne peut pas y échapper. On ne peut pas causer à son camarade de promenade, il faut se contenter de gestes.

Ensuite, il y a les cheveux qui sont emportés en général vers l'avant, mais ça tourne aussi et on les sent dressés en permanence, en rentrant, on ne pourra plus les peigner, il faudra les laver pour s'en sortir.

Il y a les embruns: cette bruine très fine qui vient de la mer et qui vous colle à la peau, aux cheveux aussi, et on est tout collant, tout poisseux.

Il ya l'odeur de la mer, insistante, ramenée par le vent en permanence, c'est encore plus fort quand on arrive sur la jetée le long du port : là, impossible d'échapper à cette odeur, alors qu'on échappe un peu au vent si on se cache derrière le phare ou si la jetée est bien protégée.


Et on est ivre, on rentre à la maison, soulagé de laisser le bruit, la force qui vous entraîne, les odeurs et tout le reste mais on se sent très mal. On voudrait y retourner pour ressentir encore la force de la nature sur tout son corps.On voudrait y retourner pour se sentir uni avec toutes ces forces, quand on renonce à résister et qu'on se laisse porter par cette puissance, il n'y a plus rien d'autre et c'est une énergie folle.

Alors, on a du mal à s'en remettre, on s'aperçoit des dégats : on n'avait rien senti avant , trop occupé à être là, à résister pour avancer, à se laisser porter pour exister.

Il n'y avait plus rien d'autre et on se retrouve tout bête à l'abri.


On se dit : J'y retournerai ce soir, mais le soir, on n'a pas le courage, et le lendemain, le vent a disparu, le paysage est devenu d'un calme tranquille qui ressemble à un tableau. On regrette presque la tempête...


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Publié dans chroniques

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