Aurevoir les petites soeurs

Avec Soeur Emmanuelle, c'est une soeur très médiatique qui s'en va, quelqu'un qui savait parfaitement utiliser les moyens de notre société pour servir sa cause, celle de l'aide aux pauvres. Et qui de plus était tellement lumineuse et vivante, que tout le monde l'aimait, elle était très à l'écoute comme on le dit souvent.
Moi, je garde en mémoire ces femmes que je croisais dans ma jeunesse, habillées de robes longues, noires ou grises, avec des coiffes ou des voiles garnis de blanc, on les appelait "Les bonnes soeurs".
Elles ont été remplacées dans nos villes par d'autres femmes voilées, qui me rappellent ces soeurs de ma jeunesse.

On les croisait dans la rue, elles étaient souvent par deux, je les regardais avec curiosité. Mes préférées étaient les soeurs avec des cornettes, ces coiffes en hauteur, qui faisaient un peu penser aux hennins du moyen-Age ou aux coiffes de nos paysannes bretonnes.
Je me demandais ce qu'elle faisaient, elles habitaient dans des couvents, m'avait-on dit et elles avaient voué leur vie à Dieu.
Je ne m'imaginais pas alors ce que pouvait être le fait de vouer sa vie à Dieu, et je les imaginais dans une sorte de prison dont on les laissait sortir de temps en temps. D'ailleurs, on nous racontait des histoires dans nos familles, de filles qui avaient tout laissé pour aller dans des couvents ou des monastères, ou encore des dispensaires. Généralement, les discussions laissaient penser que leur vie était un peu perdue, qu'elles étaient parties là par dépit ou faute de mieux.
J'ai petit à petit appris à comprendre leur engagement, leur choix de vie, quand c'en était un, au fur et à mesure qu'elles disparaissaient de notre paysage. On n'en parle plus beaucoup aujourd'hui, on ne les voit plus vraiment, souvent parce qu'elles ont abandonné leur habit de religieuse pour des habits plus "passe-partout". Et elles ont laissé la place aux musulmanes dans nos rues : les unes n'ont plus jugé utile d'afficher leur condition, les autres ont voulu affirmer leur foi dans leur pays, souvent d'adoption.
Etonnant, c'est comme si les soeurs chrétiennes avaient disparu de notre monde. Et Soeur Emmanuelle nous rappelle tout à coup qu'elles existent encore, et qu'elles sont toujours prêtes à consacrer leur vie à leur dieu et aux autres.
Pour un peu, on les aurait oubliées !
C'est rassurant je trouve de savoir qu'elles sont toujours là, pas loin de nous, dans leurs couvents, ou chez les plus pauvres, pour nous questionner.

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