Un Nobel qui me plait

Publié le par fanfan

Ce monde est une montagne
Nos actions sont un cri
dont l'echo toujours nous revient.

Rumi



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Très heureuse de ce prix Nobel de littérature décerné à J.M.G Le Clezio !
Depuis très longtemps, j'en ai fait un de mes préférés, de ceux que je lis avec fierté, en me disant : voilà de la belle littérature.
Et l'homme est intéressant, lui aussi, pas bavard sur lui, mais quand-même : on le sent citoyen du monde et plus proche des hommes de tous les pays que beaucoup d'entre nous. Il a vécu en beaucoup d'endroits sur cette planète et il sait les misères et les difficultés.
Ses livres nous racontent toujours un peu de son histoire, puisque sa quête est une quête d'identité.
Et sa façon d'être posé, simple, calme et très attentif me plait infiniment, comme sa voix grave et tranquille. Il a depuis longtemps cherché à percer les mystères de la relation aux autres et cette expérience est très riche.
Je vous livre quelques phrases que j'ai relevées un peu au hasard de ses livres, pour écouter la musique de ses mots :


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"Il n'y avait pas de fin à la liberté, elle était vaste comme l'étendue de la terre, belle et cruelle comme la lumière, douce comme les yeux de l'eau. Chaque jour, à la première aube, les hommes libres retournaient vers leur demeure, vers le sud, là où personne d'autre ne savait vivre. Chaque jour, avec les mêmes gestes, ils effaçaient les traces de leurs feux, ils enterraient leurs excréments. Tournés vers le désert, ils faisaient leur prière sans parole. Ils s'en allaient, comme dans un rêve, ils disparaissaient."

Extrait de Désert


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"C'est à elle que je pense, maintenant, Nejma, ma soeur au profil d'Indienne aux yeus pâles, elle que je n'ai rencontré qu'une fois, au hasard, sur la route de Siloé, près de Jérusalem, née d'un nuage de poussière, disparue dans un autre nuage de poussière, tandis que les camions nous emmenaient vers la ville sainte. Quelquefois il me semble que je sens le poids léger de sa main posée sur mon bras, je sens l'interrogation de son regard, je la regarde tandis qu'elle écrit lentement son nom en caractères latins sur la première page de son cahier noir. C'est la seule certitude que je garde d'elle, après toutes ces années, à travers le nuage de poussière qui l'a recouverte, ce cahier noir où j'ai écrit moi aussi mon nom, comme pour une mystérieuse alliance."

Extrait de Etoile errante

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" Juanico, Malko, et Georg fouillaient les décombres et apportaient leurs trouvailles jusqu'à moi. Des chaises estropiées, des casseroles cabossées, des coussins crevés, des planches hérissées de clous rouillés, mais aussi des habits, des chaussures, des jouets, des livres.  C'étaient surtout des livres que Juanico m'apportait. Il ne regardait pas les titres. Il les posait sur un muret, à côté de moi, près de l'entrée du hall, et il repartait en courant accueillir une nouvelle benne...
Je lisais n'importe quoi : dans cette sorte d'enfer de la décharge, il me semblait que les mots n'avaient pas la même valeur. Ils étaient plus forts, ils résonnaient plus durablement. Même les titres des romans qu'on jette après les avoir lu, La mante religieuse, La porte qui s'ouvre, La porte d'or, La porte étroite, et pourtant une phrase saute aux yeux et reste imprimée dans votre mémoire comme :
" Pourquoi un jour prend-on le large ?"


Extrait de Poisson d'or.



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