Le choc des images, le poids des messages

Je me souviens quand nous étions enfants, nous n'avions pas encore ces images de catastrophe que la télé nous envoie régulièrement.
Nous avions des encyclopédies que nos parents nous offraient à Noël pour apprendre le monde.
Une des photos en noir et blanc qui nous fascinait le plus, c'était un immeuble éventré par un tremblement de terre.
Les pièces béantes montrant leur intimité de façon indécente au monde, les tas de gravats entassés au bas de l'image, les murs écroulés, tout cela laissait imaginer une détresse et des vies détruites.
Nous n'imaginions même pas alors ce que pouvait être la terre qui tremble sous vos pieds, le sentiment de ne plus avoir de repères, de n'être plus en sécurité nulle part, la peur qui vous poursuit.

Nous n'imaginions pas toutes ces images que la télé nous a données à voir par la suite, à chaque tremblement de terre, tornade, cyclone, tsunami.
Tous ces gens jetés à la rue, cherchant leur famille, attendant qu'on les aide, au milieu des paysages de désolation, apparaissent régulièrement sur nos écrans.
Ces catastrophes nous atteignent particulièrement, parce qu'on sent notre impuissance collective devant les secousses de la terre. Les guerres sont terribles mais sont le fait de la folie des hommes. On se dit qu'une catastrophe naturelle peut toucher n'importe où, n'importe qui et on se sent concerné.
Il y a bien sûr des endroits où il vaut mieux être, des pays où les catastrophes inquiètent moins les autorités d'un pays que de devoir montrer ce qui s'y passe, des pays où l'on a des moyens pour se protéger et réagir et qui veulent le montrer .

La Birmanie, avec son cyclone, va vite être oubliée, on n'a pas beaucoup d'images, personne ne peut aller voir ce qui se passe, il y a des intérêts économiques et on prend des précautions incroyables pour ne pas s'ingérer dans leurs affaires. En d'autres temps, on sentait moins de scrupules des Américains pour s'ingérer... donc, on ne va plus parler de la Birmanie d'ici quelques jours et on ne saura rien de tous ces gens qui vont mourir de faim et de maladies, abondonnés. Et c'est ce que souhaitent les militaires au pouvoir.
La Chine, qui veut absolument que ses Jeux soient réussis, est plus fine. Elle met les moyens, elle montre qu'elle sait gérer, elle accepte l'aide financière, alors que c'est la Chine qui renfloue les Etats-Unis en ce moment, drôle de monde, et elle montre des images. Il s'agit de faire passer le message que tout est sous contrôle.
C'est plutôt efficace. Le message passe...
Mais face à toutes ces manipulations d'images, à leurs messages qui n'ont rien à voir avec la compassion que nous devrions ressentir, je me demande si notre image en noir et blanc de l'immeuble éventré n'était pas plus marquante pour nous que tout ce qu'on nous montre aujourd'hui. Sans même imaginer tout ce que ces catastrophes impliquaient, nous partagions avec ces gens la misère d'un monde écroulé et rien de plus.
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