Mahdia blues
De retour avec des images plein la tête : difficile de renouer le fil, il y a comme une boucle qui s'est formée dans le déroulement bien rôdé de ma petite bobine...
Dans la boucle, il y a la mer bien sûr et les palmiers mais c'est peu de chose.
Je vois plutôt l'animation de 5 heures du soir, quand tout le monde est dans les rues, les jeunes qui envahissent la rue au sortir de l'école, les hommes alignés aux terrasses des cafés, les femmes affairées qui font leur courses avec un coin du voile dans la bouche pour les plus vieilles, les vélomoteurs qui zigzaguent au milieu des rues, les policiers en uniforme qui vous regardent passer ou vous arrêtent pour vous demander vos papiers, les taxis qui emmènent les touristes vers la médina.
On s'extrait de toute cette agitation pour se retrouver dans les rues de la vieille ville, rues étroites et blanches, en bord de mer, petit village dans la ville, tranquille avec ses enfants qui jouent aux billes ou au ballon, et ses femmes qui passent d'une maison à l'autre pour rendre visite aux copines. Au bout du village, le phare et tout autour, sur cette langue de terre qui s'avance vers la mer, le cimetière, petites tombes blanches au milieu des fleurs jaunes et de la verdure. Au fond, le très vieux port avec ses quelques barques de pêcheurs, colorées et bien entretenues, elles sortent tous les jours. On s'arrêterait bien là, pour méditer, rêver ou regarder la mer, comme je comprends les gens de ce pays qui veulent rester là pour l'éternité !
Quelquefois, en fin d'après-midi, nous partons sur les routes de campagne pour retrouver à la lumière dorée du soleil de 4 heures les cactus qui bordent les champs, remparts naturels très protecteurs ! Pour suivre les champs d'oliviers au sol bien nettoyé, souvent bien ratissé, et aux arbres bien taillés, on sent que c'est la richesse et la fierté des paysans, ces champs d'oliviers. Au bord de la route, les troupeaux de moutons broutent l'herbe des talus, gardés par des bergers souvent très pittoresques. Souvent, on rencontre une petite carriole en bois tirée par un âne ou un petit cheval, brinquebalante et sautillante, et chargée des produits les plus divers. Heureux ceux qui disposent de ces moyens de locomotion, les autres longent la route à pied, on les voit au milieu de nulle part, marcher, et on se dit que le prochain village est bien loin... Il y a la route du bord de mer, aussi, qui plonge presque dans la mer d'un côté, dans les champs d'oliviers de l'autre, quelle tranquillité !
Le midi, nous allons au petit restaurant où les gens du pays viennent prendre une assiette de couscous ou de petits rougets avant de repartir au travail : dans un coin, un habitué aide le petit garçon du restaurant à faire ses devoirs, dans un autre, c'est un couple de touristes qui a lu le guide du routard, et plus loin, les commerçants qui discutent affaires à l'heure du déjeuner. La patron nous sert des jus d'orange, depuis qu'il a découvert dans son grenier une antique machine à faire des jus : il ne savait pas ce que c'était, il l'a découvert à la télé dans une émission sur le Pérou !
L'après-midi, l'appel du muezzin rassemble les hommes à la mosquée : ils arrivent de partout, à pied, en vélomoteur, en voiture et repartent ensuite, tranquilles, à leurs occupations.
Le vendredi, c'est le marché et le moment fort de la semaine : c'est vraiment le jour pour faire ses achats, on y trouve tout, c'est bruyant, il y fait chaud, mais quand on échappe aux : "Hello, Madame, viens voir chez moi !", on peut y découvrir plein de choses étonnantes, je suis restée un moment dans les tissus, à toucher, observer et écouter.
Ainsi va la vie de Mahdia, en Tunisie, j'ai pu l'observer quelques jours, en faire aussi un peu partie, en touriste bien sûr, et je l'espère en touriste bienveillante...